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Qui payera la rançon de Céline?

20 Juillet 2006 , Rédigé par Céline et (un peu) Annonciade Publié dans #Géorgie 2006

Alors voilà, comme je suis en ce moment débordée et en panne sèche, j'en profite pour introduire mon amie Céline qui est arrivée vendredi dernier de Paris pour assister au mariage de ma petite sœur (mais aussi pour me voir!). Céline a réussi l'exploit de me supporter non-stop depuis bientôt une semaine, s'est ingurgité des litres d'alcool le 14 juillet à l'ambassade de France et le 15 pour la fête de la vierge au banquet des évêques, est passé à travers l'épreuve du Machutka (minibus) et des routes cabossées de Géorgie, s'est tapé une indigestion quotidienne grâce à notre plat national favori le radjapouri!... et tout ça sans broncher. Du coup, je vous livre ses premières impressions telles quelles, à travers une lettre envoyée à sa mailing-list (dont je suis, car Céline éprouve le besoin de m'écrire même quand elle est chez moi...). Céline, la parole est à toi!

 

Garmajoba,

Et non, pas d’eau dans ces quelques impressions sur la Géorgie. Ça vous change et moi aussi. En trois mots :

-         Chaude mais il parait que c’est la canicule en France. Vous avez les moustiques qui vont avec ?

-         Reposante, forcément après ces onze et quelques mois sans vacances,

-         Apaisante après…*

*Voyons, le métro de Paris, la thèse (et j’en suis toujours à la page 0 sur 998 !), la mort prématurée de Ste Hélène

(Ma plante qui est tombée dans le métro alors que je l’emmenais couler une retraite paisible et méritée dans le jardin

de maman), l’amour (avec un grand A évidemment puisqu’il s’en est allé), la télévision, la coupe du monde, une

absence de Skhira depuis 308 jours… Que la vie est dure.

En résumé :

Des montagnes, c’est vert (il y a paraît-il, un désert au Sud-Est près de l’Arménie).

Orthodoxe, accueillant, calme.

Capitale : Tbilissi. Influences variées. La Géorgie est une des plus anciennes civilisations de notre monde sur la route de la soie. A Tbilissi, la plus récente influence – communiste – est présente avec une Ste Nino monumentale et blanche sur une colline. L’américanisation arrive depuis la visite de Bush l’année dernière qui a permis de rénover l’avenue principale qui porte désormais son nom. Les maisons et immeubles sur le passage, ont été repeints en couleurs vives, ce qui donne du charme.

Des provinces à l’identité forte.

La Mingrélie est la terre des ancêtres de Murat, mes hôtes et donne sur la Mer noire.

Pour les lecteurs courageux, quelques paragraphes supplémentaires…

L’itinéraire courtois de Mlle C.A.M.I.S.T.U. * ou le fabuleux destin d’une jeune française en Géorgie

*Céline A Marier Immédiatement, Situation Très Urgente… Elle a 25 ans, c’est une Catherinette dans ce pays où la moyenne d’âge pour se marier est de 19 ans…

Quand Mlle Camistu part en Géorgie, elle dit « madlot » (merci) aux Géorgiens qui lui parlent si facilement et qui sont si désireux de la connaître… Ils vont jusqu’à baragouiner des mots flottant entre anglais, allemand et français pour communiquer avec la charmante demoiselle.

Mlle Camistu, bien innocente et gentillette, se penche donc avec attention vers ces êtres accueillants et chaleureux, la Géorgie étant connue pour son accueil.

Oui mais voilà, Mesdemoiselles, en tant que rédactrice de ces lignes, laissez-moi vous apprendre les rudiments du bon échange géorgien pour vous assurer un séjour agréable et charmant afin d’éviter les mésaventures amoureuses de la bien gentille Mlle Camistu.

Chères demoiselles, connaissez-vous cette espèce bien connue dans toutes nos sociétés dénommée  « les gentils garçons pleins de bonnes intentions très attirés par l’échange « interculturel » ?

L’éditorialiste de Elle ou Biba résumerait cyniquement et plus prosaïquement : « l’homme descendant du macho ». Quèsaco ?

Explication. L’homme descendant du macho n’est pas le pur macho qui abuse de la naïveté des Blondes. C’est un gentil gars, qui irait très bien avec votre voisine qui a un chat et des chemisiers à carreaux ou à fleurs et qui ne correspond pas vraiment à votre profil d’executive woman fragile, un peu agressive mais gentille. Bref, ces petits gars ont le courage de franchir le pas pour s’adresser à l’impossible et incompréhensible animal féminin car ils sont gratinés d’un peu de naïveté et d’un peu – beaucoup – d’intérêt.  Nous les appellerons donc des « opportuns séducteurs », de « gentils Don Juan » mais un peu… comment dire ? Lourds.

Quand dans le métro parisien, vous tentez de vous en débarrasser en leur donnant un faux numéro de téléphone, en Géorgie, la situation est complexifiée… Il y a bien le métro, le téléphone mais quoi ? Comme Mlle Camistu, ne vous sentez-vous pas des élans de politesse d’être une française à l’étranger qui devrait pleinement remplir son rôle de jeune fille de bonne famille qui se doit d’être noble et raffinée… (Mais je parle de qui là ?)

Erreur fatale, demoiselles, n’oubliez pas que l’homme reste un animal bestial et convoiteur prêt à tout pour abuser de votre gentillesse. Face à l’insistant, prononcez fermement et durement, en articulant calmement et distinctement, un « daarvie » (fiche-moi la paix) pour repousser ses assauts et passez votre chemin.

Ne tentez pas de compatir type Mlle Camistu et ses bonnes œuvres : « Mais oui mon pauvre enfant, les filles ne sont que des rustres. C’est passager. » Il risquerait de vous chanter des « dzalian lamazi » (vous êtes très jolie) et vous demander en mariage les yeux amoureux.

Comment expliquez-vous alors que comme Mlle Camistu, vous vous retrouviez au milieu de la rue où les taxis klaxonnent à tue-tête ; lui, le genou à terre, une rose à la bouche ; elle retenant sa jupe qui s’envolait entre les voitures passant à toute vitesse et frôlant ses... Notez la rime que nous n’écrivons pas par pudeur pour Mlle Camistu qui a failli abîmer ses atours temporairement à l’air mais si subtilement dévoilés par les dits coups de vent.

Quand Mlle Camistu raconte rougissante cet épisode cocasse au milieu du Caucase, elle ne se souvient que des « pipi » (klaxonner) des clients en fureur s’exclamant contre son prétendant : « pipi, pipi, voyons, tu vois pas que tu nous bloques la rue, gros lard avec ton genou en cœur devant ta blonde idiote, épouse une brune !!! »

Croyez-moi, mesdemoiselles, contentez-vous d’un net refus.

Pour vous en convaincre, ne tentez pas comme Mlle Camestu d’expliquer que vous ne voulez pas vous marier ni avec lui, ni avec personne parce que le mariage ben ce n’est vraiment pas ça dans ce monde sans valeur où tout part en c... Là, l’opportun bondira de son séant, les yeux embués, tristes, la larme prête à tomber : « Mais mon amour, tu n’es pas amoureuse, tu ne comprends pas ce qu’est qu’aimer ».

Vous retrouverez « coi » avalant les mouches comme Mlle Camestu qui, le cœur serré s’est demandée un instant, « mais qu’est-ce que je fous en Géorgie, B…? »

Après cette journée d’aventures oh combien sensuelles, nous retrouvons Mlle Camestu le soir, en écrivant son journal à la couverture rose avec Barbie qui sourit, ingénue et émue. Mlle Camistu ne se lamente plus. Sur le tableau de ses récits, elle a déjà à son actif, deux propositions en un week-end, un fiancé que le voisin d’à côté lui a trouvé. Il est en ce moment même en train d’organiser le mariage arrangé pour ce dimanche. Mlle Camistu ne peut que verser une larme émue devant tant d’efforts pour la caser.

Pour en terminer avec ses malencontreuses aventures amoureuses en Géorgie, Mlle Camistu lance un avis aux Bridget Jones en perdition : « venez en Géorgie car si les mecs vont un peu vite en besogne, la besogne pourra être faite ». Venez demoiselles, venez, Mlle Camistu garantit : ils ne sont pas si moches que ça les Géorgiens. A ce titre, nous leur devons bien un hommage…

Salut donc à ces hardis jeunes hommes qui défient toutes les lois de la relation amoureuse de nos sociétés célibataires coincées. Et les Marocains n’ont qu’à bien se tenir, ils ne détiennent plus le record de ‘La’ proposition en moins de 65 secondes.

Un dernier conseil mesdemoiselles, évitez, dans les parcs géorgiens, de vous tenir divinement belle et sereine sur un banc à compter les plumes de l’oiseau qui se rafraîchit devant vous. Car au lieu de vous attarder sur ce petit moineau, vous vous retrouverez bien vite à compter le nombre de jeunes hommes qui se hasarderont à vous adresser la parole. Comme Mlle Camistu, vous pourrez collectionner cinq prétendants en moins d’une heure ! Qui a dit que sa cause était désespérée ?

Notons néanmoins que pour se changer les idées des Caucasiens ténébreux et mystérieux, Mlle Camistu aimeraient bien que les beaux, gentils et simples célibataires qui traînent sur cette terre viennent prendre des leçons à Tbilissi.

Jeune homme timide et bon sous tout rapport, viens. N’aies pas peur, Mlle Camestu, douce et jolie à son habitude, t’attendra dans le parc Orbeliani pour manger du radjapuri à deux… A bon entendeur, salut !

La Maison Verte

A Zugdidi (dites-moi que vous avez autant de mal que moi à le prononcer), capitale de la Mingrélie, terre de la famille Dadiani, les ancêtres de la famille Murat, Princes de ces terres chassés par le communisme et ses soldats qui ont contraint l’arrière-grand-père à immigrer… Et où s’est-il réfugié ? Près de notre ami le Maréchal Lyautey… L’homme –Lucien Joachim Napoléon Murat, ouf - est même enterré à Rabat. (Le Maroc est partout… :-) Bref.

A Zugdidi, une maison verte vous accueille. Vous y rencontrerez Lika, Veriko, Natia, Temouri… Ils sont huit. Huit enfants abandonnés à l’histoire qui vous apprend qu’il faut vivre et arrêter de se plaindre de votre voisin de RER qui prend sa douche une fois par semaine et qui pue le chacal. Dans ces moments là pensez à Lika qui vous dira comment sa mère enceinte de 6 mois a pris des médicaments pour avorter et comment elle a été jetée dans une poubelle à la sortie de son ventre. Une infirmière qui l’a entendu pleurer, l’a récupéré et Lika est restée deux ans dans le couloir d’un hôpital nourrie d’eau sucrée quand on y pensait. Elle a finalement été recueillie par l’association « La Maison Verte ». Quand vous regardez cet enfant, au physique d’un bébé de 8 mois, le pied tordu, un œil qui louche, vous entendez son cri pour la vie, son éveil à la parole et ses pieds qui voudraient marcher et courir avec les autres. Vous la regarderez jouer avec Veriko qui pourrait vous raconter l’histoire de sa maman qui l’a abandonnée pour devenir prostituée en Turquie… Huit histoires poignantes, des leçons qui nous rappellent la vie. La Géorgie est un pays d’histoires et d’Histoire où les anecdotes les plus loufoques et les plus dures se racontent avec le même sourire et entrain. Etonnant en vérité.

Nino, Sidonie et un bon plan routard affamé

Doué de la foi – orthodoxe, le pays compte un nombre d’églises impressionnant et il est bon de visiter ce pays pour celui ou celle qui aurait besoin de « purifier son âme ». Vous y retrouvez Sainte Nino, celle qui convertit ce pays de païens ou Sainte Sidonie qui en recevant l’habit du Christ qu’avait acheté son père, est morte sur le coup. Et entre nous, les églises, c’est le bon plan… Si vous avez faim en Géorgie, voici quelques conseils.

Tentez les enterrements qui sont l’occasion de banquets gargantuesques souvent fréquentés par les pauvres de la cité au point que les enterrements sont désormais sectorisés pour éviter l’affluence des affamés. Quand vous visitez un cimetière en géorgien, vous trouverez toujours une table à côté de la tombe avec les verres de vin traînant à côté. Tous les ans, les Géorgiens viennent boire un coup près de leur défunt ce qui donne un mélange étonnant de fleurs séchées, verres cassés, vieux papiers de doritos et pringles traînant sur la terre où repose les proches perdus.

Vous pourrez – la tête encore un peu endormie par la fête du 14 juillet donnée par l’Ambassade de France… Oups – suivre la procession de la robe de la vierge (le 15 juillet donc) qui est l’objet de nombreux miracles. Célébrée à Zugdidi pendant 4 heures de messe (oui mais c’est l’évêque qui s’en charge, ration double pour la purification de l’âme), cette robe, qui aurait appartenu à la vierge, est l’occasion d’un grand banquet… Chouette alors, du radjapuri ! Autour de la table se mêlent chants géorgiens traditionnels, embrouilles politiques (l’opposant du parti s’est fendu d’une visite peu opportune… Et là, tout le monde a déserté le banquet. Qu’importe, à vous le dessert ! A propos de politique, la Géorgie fait partie de ces pays où les femmes sont au pouvoir au même titre que les hommes… NC.), et la télévision qui est toujours là… Au fait, elle (la télé) vient au mariage de Mathilde, le pourquoi de mon séjour dans ce pays, alors, samedi soir, priez pour l’heureux couple et regardez bien canal Géorgie !

The Georgian spirit vous envahit alors criez : « Mingrélie indépendante ! »

Besos.

Céline

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