Et qu'on se le dise bien !
Tout n’est pas permis en Géorgie. Non, pas tout…
Aujourd’hui, alors que je descendais allégrement l’avenue Rustaveli, les champs Elysées d’ici, il me prit l’envie de traverser pour aller sur le trottoir d’en face. Il faut savoir que l’avenue est très large, qu’il n’y pas de passage clouté, tout juste un souterrain creusé ici ou là par inadvertance. Avec cela, la route à deux sens est noire de voitures et les conducteurs géorgiens agissent comme si rien ne leur était plus agréable que de vous écraser au passage. De fait, lorsqu’il voit un passant au milieu de la route, le conducteur géorgien accélère et mord toujours un peu sur le terre-plein central. Sans doute afin d’effrayer le téméraire qui s’est avisé de sortir à pied… Traverser une avenue comme celle de Rustaveli, c’est prendre le risque d’y rester. Ce risque des milliers de Géorgiens le prennent tous les jours, et moi aussi…
Donc, aujourd’hui, d’humeur téméraire, je me lance à la traversée de l’avenue, à la suite d’un homme assez enrobé. En cas d’accident, il prendra le part-choc avant moi… L’épreuve surmontée je respire, continue tranquillement mon chemin. Mais je suis arrêtée par deux policiers qui me demandent ma carte d’identité. Furieuse, je tends mes papiers et répond d’assez mauvaise à un véritable interrogatoire, digne de la Gestapo. Et je pense avec une rage manifeste, « sales communistes, suppôts de la dictature ! », le truc classique quand on est arrêté sans raison par un flic, non ? Le policier me tend ensuite un petit papier vert où j’ai griffonné une fausse signature (On se sait jamais, si le régime me jette en prison, je pourrais toujours nier avoir été sur l’avenue Roustaveli ce jour-là !) et… me demande d’aller payer 3 laris d’amende (environ 1 euro) à la banque la plus proche! Là, je suis tout de même un peu étonnée.
- 3 Laris ? Mais pour quelle raison ?
- Pour avoir traversé n’importe où. Vous êtes censé emprunter le passage souterrain.
Bon Dieu !, une amende pour transgression du code des piétons en Géorgie ! Du coup, je fais un grand sourire à mon policier qui, en plus, m’a répondu avec une réelle gentillesse. J’ai envie de lui dire que je ne suis certes pas très contente d’avoir été arrêtée, certes, mais que je trouve quand même qu’il a raison. Après tout, grâce à lui j’éviterai de me faire écraser la prochaine fois, quitte à emprunter le souterrain situé à quelques mètres de là ! Mon policier me rend avec politesse mes papiers et me souhaite même de passer une bonne journée.
En repassant une demi-heure plus tard dans la rue, je croise d’autres passants hilares, un petit papier vert à la main. Je ne suis pas la seule à penser manifestement que l’initiative est bonne ! D’ailleurs, 3 laris, même en Géorgie, ce n’est vraiment pas beaucoup !
PS : gloire à l’équipe de France qui l’a remporté à 3 contre 1 face à l’Espagne ! Un match grandiose que j’ai suivi sur l’écran géant d’un stade de la capitale…