La guerre des pneus
Je hais les taxis géorgiens... Ce sont des goujats.
Aujourd'hui j'ai eu mon premier accident. Mon premier accident de voiture tout court, mais surtout mon premier accident TBILISSIEN depuis DIX MOIS de conduite, ce qui en soit, il faut bien le dire, est déjà un miracle. Celui qui a déjà affronté l'arène routière géorgienne me comprendra.
Pour faire court, j'étais sur la file du milieu sur une avenue à trois voies. La voie de droite n'est pas empruntable de toute façon parce qu'elle sert régulièrement de parking, ce qui n'est pas très réglo vous en conviendrez, mais bon en Azerbaïdjan c'est pire les voitures se garent aussi sur la voie du milieu et là, très tranquillement, le gars sort, part acheter son paquet de clopes... et dégage la voie quelque 10 minutes plus tard. Donc, bon, à côté, les Géorgiens sont des citoyens modèles, ils bloquent toute une file, mais seulement celle de droite. La voie de gauche n'est pas très conseillée non plus. En cas de congestion en face, elle sert de voie de doublage aux voitures qui arrivent en sens inverse. Et en plus ils ont le culot de vous insulter à coup d'appel de phare et de klaxon parce que vous occupez VOTRE voie.
Donc, oui, je manque de témérité et de courage et je préfère les entre-deux. Je suis donc au milieu, à 50 à l'heure. Sur la file de droite, deux mètre plus loin, une voiture est parquée, rien de plus normal. Toujours sur la file de droite, derrière moi, un taxi. Bon, me direz-vous, il va passer derrière-moi pour changer de file. Et bien non!, c'est un taxi géorgien!, et un taxi géorgien voyez-vous a le pied collé à l'accélérateur, les dents plantés dans son volant et le sabre levé. Il ne recule jamais devant rien, et surtout pas devant une femme! Donc, si, si, le vilain, il a essayé de me faire une queue de poisson dans un espace de 1M50 (c'est ce qui restait entre la voiture garée et moi)! Et comme malgré tout une voiture n'est pas un cheval, comme je me tue à le répéter aux géorgiens, qu'elle ne peut pas sauter par-dessus les obstacles, que même un chameau ne passe pas dans le chas d'une aiguille... le taxi a préféré accélérer et se rabattre brusquement sur mon capot plutôt que de perdre son honneur. Pensez-vous, céder la priorité à une femme!
Après l'avoir assommé de ma fureur bien méritée, je me suis rendue compte que ma voiture n'avait rien car le taxi - prudent- m'a tamponné sur le garde-fou avant à une vitesse modérée. Je l'ai assaisonné d'insultes... Mais l'honneur du conducteur de taxi était sauf... Le temps que je me calme et redémarre enfin, le taxi avait déjà filé... en me passant devant bien entendu. Cela valait donc la peine de m'emboutir (et d'abimer son capot par la même occasion) puisqu'il avait gagné ma priorité!
Arrivée chez moi, enfin garée, comme tous les jours de conduite à Tbilissi je remercie Dieu d'avoir survécu à la guerre des pneus. Puis, chaque matin, avec un pincement d'appréhension et une bonne dose d'agressivité, je reprends la route des tranchées tbilissiennes. Non, je ne laisserai pas ces machos de la mécanique me clouer le piston! Je suis une héroïne des temps moderne comme le dit si justement mon amie Tamouna à propos de sa conduite quotidienne.
N'empêche... je crois que je vais vendre ma kangoo et m'acheter un tank.