Bilan de rentrée
Tout d’abord je dois m’excuser d’avoir été silencieuse depuis mon retour de Grèce. Mais, après deux semaines de régénérescence, le retour en Géorgie a été rude.
Le bilan de l’incendie allumé dans la forêt de Borjomi (une forêt classée au patrimoine mondial pour la variété de ses espèces végétales et animales) est lourd : 950 hectares de forêt brulée, donc des milliers de mètres cubes de bois, avec des conséquences écologiques et économiques désastreuses pour le pays. Borjomi est en effet une station thermique et touristique de montagne. Fameuse pour ses eaux naturelles gazeuses, Borjomi est de plus la ville d’une grosse entreprise nationale éponyme (elle s’appelle aussi « Borjomi) qui exporte son eau en Israël, aux Etats-Unis et dans certains pays d’Europe (soit dit en passant la compagnie est dirigée par un Français !). Or l’incendie qui continue à brûler en profondeur causera bien entendu des dommages irréparables à la nappe d’eau souterraine…
A Poti (le port industriel national) et à Senaki (un village du bord de la Mer Noire) où les soldats russes ont toujours des « check point » militaires bien établis, les pillages et les destructions sont le lot quotidien des habitants. La liste serait longue à établir… Mais il me vient bien sûr quelques exemples qui m’ont été rapportés par des proches qui connaissaient bien les deux entreprises par relations d’affaire : une ferme de poisson montée par des investisseurs géorgiens, israéliens et arabes a été complètement détruite par le feu après le pillage de soldats russes. L’investissement s’élevait à un demi-million d’Euro, la ferme incluant une usine de mise en boite des poissons… Le hangar de stockage d’une grande chaine de supermarché (Nikora) située à Poti a été complètement pillé par des soldats russes. D’après les habitants de l’Ouest la Géorgie, ces soldats sont en effet sous-nourris et, par conséquent, pillent les habitants pour survivre ! Les pillages sont parfois tragiques quand des habitants retrouvent leurs maisons complètement dévastées. Ils sont parfois burlesques comme cette scène dans l’Ouest de la Géorgie où des soldats russes démontaient de très quelconques lampadaires au bord des routes…
Grâce à l’intervention des Européens, et en particulier de Sarkozy, les soldats russes devraient se retirer d’ici la fin de la semaine de certaines zones de Géorgie et avant la fin du mois de l’ensemble du pays, hormis des régions séparatistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud. Jusqu'à aujourd’hui on ne peut pas dire que le mouvement de retrait des forces russes soit franchement visible. Laissons-leur le délai du week-end, à la suite de quoi je ne serai pas étonnée si les russes demandaient encore deux jours supplémentaires pour empaqueter- ce qu’ils ont déjà fait plusieurs fois depuis le début du conflit.
Le problème avec les russes au pouvoir aujourd’hui c’est de savoir s’ils leur arrivent vraiment de penser ce qu’ils disent et promettent, ou bien s’ils mentent impunément. La violation russe du cessez-le-feu par exemple…Les négations virulentes, durant le conflit, de plusieurs sources d’informations russes (dont le chef des armées russes) que la Géorgie ait été la cible de bombardements russes…Les accusations russes de nettoyage ethniques qui auraient été perpétrés par les Géorgiens durant le conflit, tuant jusqu'à 2,000 civils. Comme la majorité des conflits se sont déroulés dans la capitale de l’Ossétie du Sud où la population est de 30,00 habitants, cela représenterait presque 7% de la population de la ville... Or, puisque que les russes contrôlent complètement la région, pourquoi aucune image des « montagnes de morts » annoncées n’a-t-elle été diffusée par la presse russe ? Et pourquoi les dirigeants russes refusent-il farouchement la présence de missions européennes qui pourraient, si les russes disent vrai, témoigner de ce « génocide » dans la région ? Human Right Watch qui s’est rendu en Ossétie du Sud, à partir de visites des hôpitaux et de témoignages dans les zones les plus touchées, nie ce chiffre et estime que le nombre des civils tués s’élevaient en fait à des « dizaines »- un chiffre toujours tragique mais qui n’approche quand même pas les « milliers »… Enfin, la justification des attaques russes qui se basent sur le fait que l’Ossétie du Sud est majoritairement habitée par des « Russes » n’est même pas crédible ! En effet, durant les années précédentes, en particuliers les deux, trois dernières années, le gouvernement russe a distribué à la population locale (en Ossétie du Sud et en Abkhazie) des passeports russes – accompagnés de pensions sociales largement supérieures à ce que pouvait offrir le gouvernement géorgien- ce qui lui permet de parler aujourd’hui de la « défense de ses citoyens russes » ! De plus que dire des centaines de milliers de géorgiens (jusqu'à 300,000 d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud) qui ont été chassés par les milices séparatistes avec l’appui des russes à la suite des affrontements civils en Géorgie (1990-1995) ? Il est étonnant que les referendums d’auto-détermination organisés précédemment dans ces régions n’aient jamais pris en compte l’avis des réfugiés géorgiens… Comment parler ensuite de « libre auto-détermination » des peuples, un principe que les russes appliquent par ailleurs bien mal chez eux en ce qui concernent la Tchétchénie, l’Ingouchie et les Tatars !
Bref, je suis soulagée d’apprendre que le retrait des troupes russes est prévu d’ici à un mois… mais « qui vivra, verra », j’attends de voir pour y croire !