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Sésame, Ouvres Toi !

16 Janvier 2015 , Rédigé par Annonciade Publié dans #Géorgie 2014-2015

Il y a un mois j’ai perdu ma clé du macadam tbilissien, le garant de ma chère liberté, le gouvernail de mon bateau ivre… En un mot, mon permis de conduire !

Lorsque je l’avais obtenu en 2004, j’étais encore une véritable étrangère. Je m’échinais stupidement à dire “pardon”, “s’il vous plait” et “merci” à tout bout de champs, toutes choses, certes charmantes, mais parfaitement inutiles dans les échanges communs. Je mangeais les rinkalis sans poivre et –crime encore plus grave!- à la fourchette. Et quand, enfin, je consentais à les manger à la main, au risque de me bruler au second degré, je laissais lamentablement le jus s’écouler dans l’assiette. J’ignorais qu’il ne faut jamais mettre l’article “ta” avant “mère” sous peine d’offenser gravement son interlocuteur -alors que l’on souhaite simplement s’enquérir de la santé de l’auteur de ses jours… Et bien sûr je ne comprenais pas un mot de Géorgien. Bref une vraie touriste!

Heureusement, ni les rinkalis, ni ma grammaire offensante, ni mon vocabulaire incongru, voire inexistant ne m’ont empêchés de passer mon permis de conduire en Géorgie,

En ce qui concerne l’examen théorique, l’on m’autorisa à être accompagnée d’un traducteur. C’était heureux car j’avais des notions assez vagues datant de lointaines leçons de conduite en France, et nous ne fumes pas trop de deux pour démêler les complexes questions de la conduite géorgienne. Le traducteur et moi fîmes manifestement un très bon travail car j’obtins juste le nombre nécessaire de fautes pour ne pas rater l’examen.

Quant au test pratique, cela fut certainement l’examen le plus ubuesque de ma longue vie d’étudiante!

Je m’étais préparée longuement à la conduite en prenant des leçons en Mingrélie, cette région à l’Ouest au bord de la Mer Noire. J’y avais appris des tas de trucs indispensables, tels qu’aborder une ornière sans casser le châssis, éviter les vaches, les poules ou les cochons. Sachez par exemple qu’une vache ne recule jamais, alors qu’un cochon peut changer d’avis au milieu de la route. Il vaut mieux donc passer derrière la vache, mais attendre que le cochon soit hors de vue pour passer. En revanche du code de la route nul mention, sans parler des créneaux, changements de file, dépassements, ou autres idioties qui de toute évidence, et de l’avis de mon instructeur, s’apprennent de toute manière sur le tas! C’est donc avec un peu d’appréhension que je me rendis à l’examen pratique, anticipant quelques difficultés malgré mes excellentes leçons mingréliennes.

Mais l’examen dépassa de loin mes expectations. L’on nous avait concoctés, avec des plots, sur un terrain vague, un circuit sinueux, certes digne du Paris-Dakar, mais bien éloigné de la véritable conduite en environnement urbain. Alors que je regardais avec angoisse les pauvres candidats qui zigzagant entre les plots se débattaient avec les boites de vitesse rouillées des jigoulis de rigueur, mon instructeur me dégotta une jigouli certes aussi branlante que les autres, mais avec doubles jeux de pédales, l'un pour le conducteur, l'autre pour le passager à l'avant. Nous fûmes donc encore deux cette fois ci à passer l’examen, mon instructeur rattrapant mes erreurs de changement de vitesse et m’empêchant de caler plus d’une fois. La voiture n’avait pas de ceinture et l’on ne me demanda jamais de regarder dans mes rétroviseurs, mais, après tout le reste, ce n’était là que broutilles!

Du coup c’est avec un peu de nostalgie que je me suis rendue la semaine dernière au poste de police refaire mon permis de conduire bêtement perdu en effet un mois plus tôt. Comme j’avais obtenu mon examen, certes dans des conditions douteuses, mais en bonne et due forme, je m’attendais à ce que son renouvellement ne soit qu’une formalité.

- Vous n’y pensez pas!, me fais la gendarmette à l’accueil. Il vous en coutera un examen médical de 45 laris, puis encore 37 laris pour la photo. D’ailleurs je doute que vous puissiez compléter les vérifications médicales aujourd’hui car il vous faudra voir SEPT spécialistes!

Avec un peu de contrariété, je me rends donc au bâtiment indiqué, que je pensais être une succursale médicale de l’hôpital. En fait d’hôpital, je tombe sur une grande pièce austère, avec des bureaux alignés dans le style soviétique et, derrière chaque bureau, un “spécialiste” désœuvré lisant le journal en buvant une tasse de café. Avec un sourire timide, je m’assoie devant le bureau du premier spécialiste, une petite femme à lunette qui me dévisage avec un air froid et commence à écrire dans un carnet. La pancarte “Comptable” est accrochée au mur derrière son bureau. Bon je n’ai pas encore commencé. Elle m’envoie ensuite au bureau voisin du sien, dotée de mon nouveau carnet. “Psychologue” puis-je lire sur la pancarte au mur. Bien que le bureau soit coude à coude au précèdent, je fais comme si je passais dans une autre pièce et, découvrant donc le psychologue, lui adresse un bonjour des plus cordiaux. Le psychologue ne me pose aucune question. Et d’ailleurs que pourrait-il me demander? “Etes-vous folle?” “Oui, lui répondrais-je, d’ailleurs je viens de boire une tasse de thé avec le Lièvre de Mars après avoir prise Alice en Stop” Aussi le psychologue se garde bien de toute question, de tout commentaire, et peut-être écrit –il dans mon nouveau carnet que je suis folle et inapte à la conduite. Je n’ai pas le temps de le lui demander car, en me rendant mon carnet avec un air désabusé, il me désigne son congénère assis au bureau suivant, dans le dos duquel une pancarte me renseigne que je suis maintenant chez le « Spécialiste des Drogues et Spiritueux ». A nouveau sourire des plus aimables de ma part et bonjour empressé. Au moins n’ai-je sans doute pas la tête d’une ivrogne, ni d’une fumeuse de cannabis? Le « Spécialiste » se garde bien de rien me demander lui-même et, après avoir longuement écrit à mon sujet dans le carnet, m’envoie à son tour chez sa voisine, l’”Oculiste”. Là je suis presque étonnée d’avoir un test à passer. Celle-ci me fais assoir au niveau du bureau de la comptable (Et oui, Bonjour!, me revoilà!) pour me faire déchiffrer des symboles, et non des lettres, car les conducteurs illettrés – sic!- sont apparemment légion en Géorgie. Mon test passé heureusement avec succès, je passe ensuite chez le “Chirurgien”. Me dévisageant de haut en bas, celui-ci s’assure que j’ai bien deux jambes et deux bras, choses fort utiles à la conduite, puis s’enquiert de mes opérations passées. Je me retiens de lui parler de mon opération –imaginaire- de la rate, devinant bien qu’elle pourrait être funeste à mon aptitude à conduire et le chirurgien rassuré m’envoie enfin au dernier bureau, chez la « Médecin Chef ». Celle-ci me pose des tas de questions indispensables sur ma vie privée, si je suis mariée, si j’ai des enfants et surtout si je suis enceinte. Là j’ai comme un doute.

- Pardonnez-moi, lui fis-je, mais aurais-je été privée de conduite si j’étais enceinte?

- Du tout!, non rassurez-vous, me répond-t-elle gentiment vous pourriez conduire sans problème, Mais il faut simplement que j’écrive ce renseignement dans votre carnet.

Je lui donne donc tous les renseignements qu’elle veut avec bonne grâce, ajoutant que j’ai une adorable petite fille de 7 mois, qu’elle fait ses dents et chante “lalala” en allant au pot, toute chose très utiles pour les renseignements généraux s’ils venaient à lire mon carnet de renouvellement du permis du conduire.

Enfin je salue à la ronde les bureaux alignés en rangs d’oignons, au fond ravie de n’avoir payé que 30 laris au lieu des 45 anticipés, d’avoir complété en 20 minutes ce que l’on m’avait promis être l’affaire de plusieurs jours, et surtout de m’être autant amusée avec mes “Spécialistes” au demeurant fort charmants…

De retour au commissariat, la prise de la photo d’identité et le dernier paiement sont des jeux d’enfants. En me tendant mon permis de conduire bien mérité, le policier me dit avec un bon rire:

- Moi aussi, je suis de Zougdidi!

Zougdidi est en effet la terre de mes ancêtres. Dame, mon nom m’a encore trahit!

Quand je sors enfin, fière comme Artaban d’avoir recouvert mon sésame vers la liberté et les routes géorgiennes, je réalise avec un peu d’appréhension qu’il va me falloir maintenant affronter à nouveau la guerre des pneus (Voir le récit ICI) que j’avais abandonné depuis 4 ans…

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L
Super article, très drôle, chapeau si vous avez vraiment passé vos permis en Géorgie et si vous arrivé y conduire la -bas ! Par contre pour l'amour de Géorgie rinkali se prononce HINKALI avec un H non aspiré ! Cordialement la grenouille voyageuse .
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