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Mercredi 3 mars 2010 3 03 /03 /Mars /2010 09:49

Hier j’ai eu une brusque envie de  m’adonner à la divine bouteille. Non pas la bouteille toute entière, je laisse ce plaisir aux Stakhanov du « supra » géorgien (banquet) où l’on ne compte plus en fait ses exploits en bouteilles mais en seaux de vinasse engloutis. Non juste une ou deux gouttes, un verre de vin rouge pour agrémenter le repas, réjouir l’âme et se remettre de la fatigue journalière. Après tout, c’est bon pour la santé !

Je pars donc en quête d’une bonne bouteille de vin rouge bien sec. Le vin ce n’est pas ce qui manque ici. Il y en autant pour contenter toutes les soifs  et du vraiment bon ! Sur ce point au moins, je n’ai pas à faire ma chauvine française et à pleurer ma « douce France ». J’ai donc trouvé une bonne bouteille de rouge sec, un « Tbilissi » (pour être honnête  ce n’est pas le meilleur, mais pour les cours de vin géorgien il faudra repasser). Quand soudain… un éclair… il me manque le tire-bouchon ! Qu’à cela ne tienne, je suis dans l’un des plus grands supermarchés de la ville, le Goodwill de Vake (moins grand que celui de Digomi, mais bon…), un véritable temple de la consommation…  Je demande donc à une aimable vendeuse de m’indiquer où sont les tire-bouchons. « Un tire-bouchon, ha oui ! » et de m’entraîner à travers les rayons chargés de victuailles et de marchandises comme dans une caverne d’Ali Baba. Mais en fait de tire-bouchon, elle me tend un décapsuleur à bière !

Quand même, j’insiste, dans un énorme supermarché où l’on dédie au moins 2 rayons au vin, il doit bien y avoir un petit tire-bouchon. Un tire-bouchon à vin, Fi !, me fait la vendeuse, vous n’y pensez pas !, il vous faudra aller au bazar ! Le « bazar », c’est ce marché ouvert à tous vents à l’autre bout de la ville, dans lequel on se perd dans un labyrinthe d’étalages et patauge allègrement dans la boue… Mais où l’initié est assuré de trouver après deux heures de questionnement tout ce dont il a besoin, depuis la bobine de fil jusqu’au lapin de garenne. Mais là j’avoue le courage me manque… Donc avec un bête acharnement d’étrangère butée, je me rends au plus proche gros supermarché sur la Rustaveli, le Babylone, où l’on ne vend cette fois ci que de la vaisselle de la quincaillerie et autres choses d’intérieur. La vendeuse me montre d’abord un décapsuleur… Non, non, j’insiste, pour le vin ! Hourra !, il y a bien un tire-bouchon ! Quand on m’annonce le prix en revanche, j’ai comme un hic. Je regarde le tire-bouchon, non il n’est pas en or, tout ce qu’il y a de plus simple, un bon petit tire bouchon en fer blanc… « Il est importé d’Allemagne ! » Ah… ça explique tout,  « So chic » un tire-bouchon allemand, il débouche tellement mieux… « Et vous n’avez pas moins cher, vous savez un petit tire-bouchon très simple, une poignée avec une queue de cochon en fer ? » Ah…, oui, il y en a  bien un, le prix est un peu moins cher, mais… il n’y en a plus en stock !

J’ai quand même tenté une troisième fois ma chance dans une boutique d’électroménager et de quincaillerie. Réponse classique : un tire-bouchon… On en vend bien… Mais y’en a plus en stock…

En partant ulcérée, je me fais cette réflexion amère : On importe les tire-bouchons du pays de la bière, tandis qu’on ne vend que des décapsuleurs de bière au pays du vin !

Moralité, je suis rentrée chez moi, j’ai enfoncé le bouchon dans le culot de la bouteille avec un tournevis et j’ai quand même bu mon vin !

Par Annonciade
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Mercredi 24 septembre 2008 3 24 /09 /Sep /2008 12:09
L’Union Soviétique (1921 – 1989)
En fait l’origine du Conflit remonte à l’Union Soviétique quand Moscou accorda une autonomie limitée aux oblasts d'Adjara (1921), d'Abkhazie (1931) et d'Ossétie du Sud (1922) tout en les maintenant au sein de la Géorgie. Staline (pourtant Géorgien, il a tout mis en œuvre pour « mater » efficacement la Géorgie, dont il connaissait sans doute le « dangereux » caractère nationaliste pour l’avoir dans sa jeunesse activement défendu) appliquait là un vieil adage politique : « Diviser pour régner ».

A partir des années 80, les Abkhazes et les Ossètes du Sud revendiquent leur autonomie, surtout à la suite de la proclamation du Géorgien comme langue officielle de l’Etat en 1989 par le Soviet Suprême de Géorgie. (Les Ossètes et les Abkhazes, comme d’ailleurs la plupart des provinces de Géorgie, possèdent leur propre langue).

Le 9 avril 1989, à Tbilissi, des forces de sécurité soviétiques répriment violemment des manifestants en faveur de l’indépendance de la Géorgie (hors de l’Union Soviétique) et le maintien de l’Abkhazie au sein de la Géorgie. Cette violente répression (scènes notamment de chars soviétiques écrasant des manifestants couchés sur les routes) fait 19 morts et de nombreux blessés.

L’accession à l’indépendance de la Géorgie et la guerre civile (1990 – 1993)
En Novembre 1990, d’autres partis que le parti communiste étant autorisés à participer aux élections, celui ci perd alors son monopole et une coalition de partis indépendants diriges par Zviad Gamsakhourdia remporte la majorité. Gamsakhourdia devient président de facto de la Géorgie, avant d’être élu premier président de la Géorgie en mai 1991.
On a attribue a Zviad Gamsakhourdia la phrase malheureuse de « La Géorgie aux Géorgiens », phrase qui a été interprétée par certains comme une expression antisoviétique et par d’autres -notamment par des sympathisants extrémistes de Gamsakhourdia - comme une déclaration ultranationaliste. Cette phrase aurait excité les séparatismes latents en Géorgie. Les véritables motivations de Gamsakhourdia ont par ailleurs été toujours été un peu obscures, celui-ci s’étant rangé successivement aux côtés de l’occident puis de l’URSS qu’il avait pourtant combattu toute sa jeunesse.

Entre temps, en avril 1991, le Soviet Suprême de Géorgie proclame l’indépendance de la République vis-à-vis de l’URSS. En Décembre, l’URSS s’effondre.

A partir de 1990, de violents heurts opposent les Géorgiens et les Ossètes du Sud et, en 1992, des troupes russes sont déployées pour maintenir la paix le long de cette frontière.
Fin 1991, la guerre civile éclate à Tbilissi où se déroulent des conflits armés entre les opposants politiques et les partisans du président. Gamsakhourdia fuit la capitale en Janvier 1992 et se réfugie en Tchétchénie puis en Finlande.
En 1992, Édouard Chevardnadze est alors élu président du Conseil d'État (parlement).
En 1992 également, l'Abkhazie déclare son indépendance. En Octobre 1993, les Abkhazes, avec l’appui de l’armée russe, viennent à bout de la milice géorgienne, envoyée rétablir l'ordre sur ce territoire. Le conflit fait 10 000 morts et 200 000 réfugiés géorgiens.
En Octobre 1993, Gamsakhourdia tente, sans succès, de reprendre le pouvoir en soulevant une insurrection armée qui embrase l’Ouest de la Géorgie.
Sous la pression russe qui offre à Chevardnadze de mettre un terme au conflit séparatiste et à la guerre civile si la Géorgie entre dans la Communauté des États indépendants, la Géorgie entre donc dans la CEI et, en 1994, elle conclu un accord autorisant la Russie à conserver trois bases militaires sur le territoire géorgien. De plus, en 1994, l'ONU négocie un cessez-le-feu en Abkhazie où des soldats de la paix essentiellement russes sont déployés.

En 1994, l'Abkhazie adopte sa propre constitution et, de facto, se déclare indépendante, mais en 1995, elle renonce de nouveau à l'indépendance complète. L'Ossétie du Sud de son côté continue d'insister sur son statut d'État indépendant.
En Novembre 1995, alors que les forces géorgiennes et celles de l’Ossétie du Sud s’affrontent à nouveau, Chevardnadze est réélu avec 70% des voix.
En Abkhazie, le gouvernement russe commence à distribuer des passeports et le rouble est utilisé pour les activités économiques de la région.

La révolution des roses 2003
En 2003, une revolution pacifique met fin au régime très contesté d’Edouard Chevardnadze. Saakashvili est alors élu avec 96% des voix.

Le pays sort d’une période économique et politique catastrophique, les coupures de courant, d’eau et de gaz sont alors fréquentes. La corruption est généralisée à tous les échelons de l’administration. Il est par exemple impossible de rouler sans se faire requêter par la police ! En 5 ans, le pays se modernise alors de manière spectaculaire. Le nouveau gouvernement s’attaque radicalement à la corruption, notamment au niveau de la police et des douanes. Le pays s’ouvre aux investissent occidentaux. Des grands travaux publics sont lancés, tels que la rénovation de routes parfois impraticables. La croissance est forte, malgré l'inflation. Aujourd’hui, la Banque mondiale classe le pays parmi les 25 les plus favorables au monde pour les investisseurs. Cependant la pauvreté reste grande dans les campagnes et les pauvres qui jusque là vivaient de marché noir et de petite débrouille voient leur possibilité de survie amoindrie par la lutte anti-corruption et anti-marché noir du gouvernement.

Au niveau politique, Saakashvili remporte une grande victoire quand en mai 2004 il parvient à récupérer sans violence l’Adjarie, une province séparatiste dirigée par un président pro-russe, Aslam Abashidze.
Cependant, Saakashvili a promit au début de son mandat de « rétablir l’intégralité territoriale de la Géorgie » et le statut de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud demeure problématique.

A partir de 2004, Saakashvili essaie aussi de se rapprocher de l’OTAN

Crise des relations avec Moscou des 2006
En juin 2005, Mikhaïl Saakashvili obtient de Moscou l’engagement de retirer ses troupes de Géorgie avant la fin 2008.

Cependant, en 2006, les tensions avec Moscou renaissent.

Le 6 août, un tir de missile russe à une soixantaine de kilomètres de la capitale, Tbilissi, explose sans faire de victime.

En septembre-octobre 2006, le pouvoir géorgien arrête six officiers russes. Les services géorgiens affirment qu’ils étaient engagés dans des opérations de déstabilisation et d’espionnage. Ils sont remis à l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et expulsés. Onze géorgiens soupçonnés d’être en contact avec des officiers russes sont aussi arrêtés.

Suite à cet événement, M Poutine durcit le ton et lance à Moscou, la chasse aux Géorgiens. Un blocus aérien, maritime, postal et routier est décrété par Moscou. Des descentes de police visent les géorgiens, qui sont ensuite expulsés vers Tbilissi. Les enseignants doivent signaler les enfants géorgiens à la police. La politique migratoire à l’encontre des géorgiens se durcit. Les transferts d'argent effectués par les Géorgiens installés en Russie (indispensables à l’économie géorgienne) sont suspendus. Les Géorgiens souffrent du blocus (surtout pour ce qui est des exportations de vin, d’eau minérale, de fruits et légumes). Le géant russe du gaz, Gazprom, annonce le doublement du tarif du gaz fourni. Cette politique n’empêche pas une période de croissance économique.

Durant l’hiver 2006, deux explosions, l’une sur une ligne électrique approvisionnant la Géorgie en électricité russe, l’autre sur un conduit alimentant la Géorgie en gaz russe, prive une partie de la Géorgie de gaz et d’électricité alors que l’hiver est particulièrement rude. Selon le président Georgien la Russie aurait fréquemment menacé la Géorgie de « se retrouver sans lumière et sans gaz ». La Russie récuse et parle d’attentat Tchéchène, les explosions étant localisées à proximité de la Tchétchénie.

En novembre 2007 L'opposition géorgienne, divisée, tente de se mobiliser contre le président Saakashvili. Elle exige une limitation des pouvoirs du président. L'opposition réclame la tenue des élections législatives au printemps 2008, comme le prévoit le calendrier, et non à l'automne, comme en a décidé le président. La manifestation mobilise des dizaines de milliers de Géorgiens. Des opposants réclament la démission du président.

Celui-ci répond par la répression. L’état d’urgence est décrété ; les libertés politiques sont restreintes pour quinze jours. Le président fait fermer, manu militari, la chaîne de télévision Imedi, principale voix de l'opposition, ainsi que Kavkassia, une autre chaîne privée.

Mikhaïl Saakashvili, contesté dans la rue, critiqué en Occident choisit pour sortir de la crise de convoquer un scrutin présidentiel le 5 janvier. Il est réélu avec 52% des voix. Les représentants de l'OSCE, qui jugent l'élection «valide». L'opposition, approuvée par Moscou, crie à la fraude, et réclame un second tour, mais ne mobilise que quelques milliers de manifestants.
En mai 2008, son parti, le Mouvement national uni remporte une nette victoire aux élections législatives avec 60 % des suffrages. Il détiendra 120 des 150 sièges du nouveau Parlement La plupart des partis de l’opposition (a laquelle revient 30 des 150 sièges) refuse de siéger au parlement jugeant « frauduleux » le résultat des élections et continue à réclamer la démission du président.

En mars 2008, L’OTAN tempère les espoirs d’adhésion de la Géorgie et de l’Ukraine. Certains pays européens, tels que la France et l’Allemagne, souhaite en effet préserver leur relation avec Moscou. D’autre part, la Démocratie de Saakashvili est contestée et on accuse celui-ci d’autoritarisme croissant. La manifestation géante anti-Saakashvili de novembre 2007 menée par une opposition divisée confirme ce sentiment.

Les tensions avec les provinces séparatistes s’intensifient en 2008
Le 9 mars 2008 : L'Abkhazie demande sa reconnaissance à la communauté internationale.

Le président géorgien, Mikhaïl Saakashvili, a formulé de nouvelles propositions, le vendredi 28 mars 2008, en vue d'un règlement du conflit en Abkhazie, dans la lignée d'un plan datant de juin 2006. Proposant une " autonomie illimitée " à la région séparatiste, il a évoqué la création d'une zone franche dans les districts d'Otchamtchira et de Gali, l'attribution de la vice-présidence de la Géorgie à un Abkhaze et un droit de veto sur toute décision constitutionnelle concernant l'Abkhazie. Le dirigeant indépendantiste abkhaze, Sergueï Bagapch, a qualifié ces propositions de " propagande ".

De fait, aujourd'hui, l'Abkhazie a presque tout d'une république de la fédération de Russie. On y paie en roubles, les deux compagnies de téléphonie mobile sont des filiales de firmes moscovites, ainsi que les quelques banques de la place. Les six hôtels reconstruits (les autres sont en ruine depuis quinze ans) ont été rachetés par des hommes d'affaires russes ou vivant en Russie; et les splendides centres de villégiature du bord de mer (autre fierté de l'Abkhazie) appartiennent tous à l'armée russe. Située à proximité de Sotchi, Soukhoumi, la capitale de l’Abkhazie, et ses environs ont aussi fait récemment l’objet de développements russes importants en prévision des jeux olympiques de 2014. De plus, depuis que le Kremlin a décidé, en 2002, d'en délivrer à tous ceux qui le demandent, 80% de la population abkhaze a désormais un passeport russe Avec ce passeport, les personnes âgées peuvent aussi toucher une retraite russe qui est trois fois supérieure à celle donnée par les autorités abkhazes.

La même politique de diffusion des passeports a été observée en Ossétie du Sud durant les dernières années. De plus, l’Ossétie du Sud qui vit principalement de contrebande et de commerces illégaux a vu ses possibilités de trafics réduites avec la Géorgie suite à la décision du gouvernement de lutter contre la corruption. Ses relations se sont donc intensifiées avec la Russie.

L’Abkhazie, comme l’Ossétie du Sud sont occupées depuis la fin de la guerre civile (1990 – 1993) par des « soldats de la paix » russes.

D’autre part, Moscou décide, le 16 avril 2008, de renforcer ses liens économiques avec les territoires séparatistes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud, renforçant ainsi son influence sur ses régions.

La multiplication des incidents en 2008

lundi 21 avril 2008, un avion de chasse russe abat un avion de surveillance géorgien (un « drone ») qui survolait l'Abkhazie. Un rapport de la mission de l'ONU en Géorgie (Monug) l’atteste peu après.

En avril, Moscou envoie 450 parachutistes dans la région séparatiste - officiellement des « membres des forces de maintien de la paix ».

La Russie a annoncé, mardi 29 avril, qu'elle renforçait ses troupes en Abkhazie et en Ossétie du Sud, en accusant la Géorgie de préparer une " opération militaire ", ce que Tbilissi dément.

17 juin : arrestation de quatre soldats russe par les Géorgiens dans la région de Zougdidi (nord-ouest de la Géorgie), près de l'Abkhazie, en possession de 20 missiles antichars. Ils ont été relâchés, mais les missiles ont été saisis à des fins d'enquête.

29 juin : Deux explosions, dont une a fait six blessés, se sont produites dans la station balnéaire de Gagry, dans la région séparatiste de l'Abkhazie. La première a eu lieu près d'un marché et la deuxième, quelques minutes plus tard, devant un centre commercial ; le chef de la police locale en accuse la Géorgie…

Jeudi 3 et vendredi 4 juillet. Des combats entre les forces de la République séparatiste d'Ossétie du Sud et celles de Géorgie fidèles au président Mikhaïl Saakashvili ont fait deux morts et plus d'une dizaine de blessés,

19 juillet : Les heurts commencent, avec un attentat raté contre Dimitri Sanakoïev, chef du gouvernement " alternatif " (pro-géorgien) d'Ossétie du Sud. Ils se poursuivent la nuit suivante.

Sources principales : Colisée, article de Miriam Melua http://colisee.org ; Mouvement Démocrate du Nord, art de M. Merchier http://www.mouvement-democrate-nord.net , Wikipedia (sur Gamsakhourdia), mon expérience du terrain et mes proches
Par Annonciade
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Jeudi 11 septembre 2008 4 11 /09 /Sep /2008 20:12

Tout d’abord je dois m’excuser d’avoir été silencieuse depuis mon retour de Grèce. Mais, après deux semaines de régénérescence, le retour en Géorgie a été rude.

 

Le bilan de l’incendie allumé dans la foret de Borjomi (une forêt classée au patrimoine mondial pour la variété de ses espèces végétales et animales) est lourd : 950 hectares de forêt brulée, donc des milliers de mètres cubes de bois, avec des conséquences écologiques et économiques désastreuses pour le pays. Borjomi est en effet une station thermique et touristique de montagne. Fameuse pour ses eaux naturelles gazeuses, Borjomi est de plus la ville d’une grosse entreprise nationale éponyme (elle s’appelle aussi « Borjomi) qui exporte son eau en Israël, aux Etats-Unis et dans certains pays d’Europe (soit dit en passant la compagnie est dirigée par un Français !). Or l’incendie qui continue à brûler en profondeur causera bien entendu des dommages irréparables à la nappe d’eau souterraine…  

A Poti (le port industriel national) et à Senaki (un village du bord de la Mer Noire) où les soldats russes ont toujours des « check point » militaires bien établis, les pillages et les destructions sont le lot quotidien des habitants. La liste serait longue à établir… Mais il me vient bien sûr quelques exemples qui m’ont été rapportés par des proches qui connaissaient bien les deux entreprises par relations d’affaire : une ferme de poisson montée par des investisseurs géorgiens, israéliens et arabes a été complètement détruite par le feu après le pillage de soldats russes. L’investissement s’élevait à un demi-million d’Euro, la ferme incluant une usine de mise en boite des poissons… Le hangar de stockage d’une grande chaine de supermarché (Nikora) située à Poti a été complètement pillée par des soldats russes. D’après les habitants de l’Ouest la Géorgie, ces soldats sont en effet sous-nourris et, par conséquent, pillent les habitants pour survivre ! Les pillages sont parfois tragiques quand des habitants retrouvent leurs maisons complètement dévastées. Ils sont parfois burlesques comme cette scène dans l’Ouest de la Géorgie où des soldats russes démontaient de très quelconques lampadaires au bord des routes…

 

Grâce à l’intervention des Européens, et en particulier de Sarkozy, les soldats russes devraient se retirer d’ici la fin de la semaine de certaines zones de Géorgie et avant la fin du mois de l’ensemble du pays, hormis des régions séparatistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud. Jusqu'à aujourd’hui on ne peut pas dire que le mouvement de retrait des forces russes soit franchement visible. Laissons leur le délai du week-end, à la suite de quoi je ne serai pas étonnée si les russes demandaient encore deux jours supplémentaires pour empaqueter- ce qu’ils ont déjà fait plusieurs fois depuis le début du conflit.

Le problème avec les russes au pouvoir aujourd’hui c’est de savoir s’ils leur arrivent vraiment de penser ce qu’ils disent et promettent, ou bien s’ils mentent impunément. La violation russe du cessez-le-feu par exemple…Les négations virulentes, durant le conflit, de plusieurs sources d’informations russes (dont le chef des armées russes) que la Géorgie ait été la cible de bombardements russes…Les accusations russes de nettoyage ethniques qui auraient été perpétrés par les Géorgiens durant le conflit, tuant jusqu'à 2,000 civils. Comme la majorité des conflits se sont déroulés dans la capitale de l’Ossétie du Sud où la population est de 30,00 habitants, cela représenterait presque 7% de la population de la ville... Or, puisque que les russes contrôlent complètement la région, pourquoi aucune image des « montagnes de morts » annoncées n’a-t-elle été diffusée par la presse russe ? Et pourquoi les dirigeants russes refusent-il farouchement la présence de missions européennes qui pourraient, si les russes disent vrai, témoigner de ce « génocide » dans la région ? Human Right Watch qui s’est rendu en Ossétie du Sud, à partir de visites des hôpitaux et de témoignages dans les zones les plus touchées, nie ce chiffre et estime que le nombre des civils tués s’élevaient en fait à des « dizaines »- un chiffre toujours tragique mais qui n’approche quand même pas les « milliers »… Enfin, la justification des attaques russes qui se basent sur le fait que l’Ossétie du Sud est majoritairement habitée par des « Russes » n’est même pas crédible ! En effet, durant les années précédentes, en particuliers les deux, trois dernières années, le gouvernement russe a distribué à la population locale (en Ossétie du Sud et en Abkhazie) des passeports russes – accompagnés de pensions sociales largement supérieures à ce que pouvait offrir le gouvernement géorgien- ce qui lui permet de parler aujourd’hui de la « défense de ses citoyens russes » ! De plus que dire des centaines de milliers de géorgiens (jusqu'à 300,000 d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud) qui ont été chassés par les milices séparatistes avec l’appui des russes à la suite des affrontements civils en Géorgie (1990-1995) ? Il est étonnant que les referendums d’auto-détermination organisés précédemment dans ces régions n’aient jamais pris en compte l’avis des refugiés géorgiens… Comment parler ensuite de « libre auto-détermination » des peuples, un principe que les russes appliquent par ailleurs bien mal chez eux en ce qui concernent la Tchétchénie, l’Ingouchie et les Tatars !

 

Bref, je suis soulagée d’apprendre que le  retrait des troupes russes est prévu d’ici à un mois… mais « qui vivra, verra », j’attends de voir pour y croire !

 

Par Annonciade
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Samedi 16 août 2008 6 16 /08 /Août /2008 17:32

Juste un petit mot pour vous dire que je ne serai pas sur Tbilissi les deux prochaines semaines. Je m'envole en effet vers la Grèce ce soir, ayant acheté un billet un mois plus tôt, pour aller voir ma mère, mon beau-père et mon frère.

Les moments les plus dangereux de la crise sont passés, mais je pars le cœur lourd.
Hier les troupes russes ont encore patrouillé à 45 km de Tbilissi puis sont revenues vers Gori. Comme ces allers et retours des forces armées russes vers la capitales sont devenus classiques ces derniers jours, nous avons fini par en être blasés, comprenant que ces déplacements font de toute façon partie d’une « politique de terreur » destinée a effrayer les habitants de la capitale…
Hier, encore les troupes russes ont aussi mis le feu à l'une des plus belles forets de Géorgie, située dans le parc naturel de Borjomi. 40 hectares ont déjà brulé et Borjomi, une ville ancienne et balnéaire située dans un site montagnard superbe, est enfumée par l'incendie qui se rapproche. D'après mes amis sur place, l'incendie n'a pu être maitrisé encore, mais n'atteindra sans doute pas la ville. Je prie pour que ce soit vrai ! Cependant de nombreuses habitations en dehors de la ville sont déjà menacées. On attend actuellement l'aide de la Turquie et de l'Ukraine qui devrait envoyer des « avions-pompiers » pour stopper l'incendie.

Les russes devraient quitter le territoire d'ici mercredi, mais rien n'est sûr puisqu’à l’ origine ils auraient du quitter le territoire dès Jeudi. Jeudi ces derniers ont alors demandé 2 jours supplémentaires... Apparemment, le délai a été encore allongé...

Je vous mettrai au courant des derniers événements à la rentrée et vous posterai quelques photos de divers sites détruits en questions- cela bien sûr si la circulation sera rétablie normalement (c’est-a-dire si il sera a nouveau possible de se déplacer en Géorgie sans danger et si les troupes russes auront vraiment quitté le territoire).

 

Par Annonciade
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Jeudi 14 août 2008 4 14 /08 /Août /2008 21:20
Lorsque je lis la presse internationale, j’ai l’impression qu’on y dépeint Saakashvili comme une nouille politique. Le président Georgien serait tombé dans la marmite bouillante que lui tendait son machiavélique voisin russe.

Mais voilà, aujourd’hui, alors que l’on ose encore à peine croire à une sortie de crise, tandis que les Géorgiens tremblent encore en apprenant que les forces russes se donnent deux jours supplémentaires de pillage à Gori et se replient sur le port de Poti sans doute pour y admirer les dégâts commis, aujourd’hui j’ai comme un doute....

D’abord je constate que la Russie se retrouve isolée dans la communauté internationale, pointée du doigt pour avoir à la fois perdu une bataille politique, en se donnant une image déplorable au niveau international, et une bataille militaire puisque les occidentaux veulent l’obliger à retourner sur ses positions initiales d’avant guerre, si bien que Poutine aurait perdus armes et hommes en vain. D’autant que les occidentaux veulent envoyer des observateurs internationaux dans tous les coins de la Géorgie, surtout les plus disputées, si bien que les soldats russes ne pourront même plus se moucher en paix. Dans le même temps, Bush envoie des navires et des avions militaires – sous couvert de mission humanitaire- qui s’apprêtent à occuper les ports et les aéroports militaires de Géorgie à la grande satisfaction des Géorgiens… et à la grande déception de Poutine qui s’imaginait sans doute avoir ce privilège exclusif. Enfin, j’ai comme un doute enfin lorsque je constate que la Grande Russie se retrouve entourée de voisins non seulement hostiles (La Géorgie bien sur, mais aussi la Pologne, l’Ukraine, les Pays Balte et la Finlande), mais bien décidés semblent-ils cette fois à faire front contre cette même Russie (solidarité diplomatique finlandaise, polonaise, ukrainienne durant le conflit… L’Ukraine ayant même très loin en interdisant aux navires russes de retourner dans leur base militaire située à Sébastopol en Ukraine alors qu’ils avaient quitté ce port de la Mer Noire pour attaquer la Géorgie par l’Ouest)

L’avenir nous dira si Saakashvili fut une véritable nouille politique ou bien si sa «bourde » aura permis au moins à la Géorgie de sortir de sa solitude politique. D’aucuns diront que la Géorgie a sans doute perdu définitivement l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud. Mais ces deux régions sont perdus pour la Géorgie depuis bien plus longtemps en fait, depuis la fuite de centaine de milliers de Georgiens devant le souvent pudiquement nomme « nettoyage ethnique » organisé par les russes. Elles sont perdues depuis la russification massive de ces régions (délivrance de passeports russes en masse aux habitants, transformation de l’Abkhazie en camp de vacances russes à bas prix, grands travaux russes organisés en Abkhazie en prévision des Jeux de Sotchi,…).

En attendant, la Géorgie reprend espoir. Dans la ville de Tbilissi, chacun retourne au travail. Les constructions, que j’ai vu pousser en deux ans comme des champignons, reprennent leur cours. Les vitrines des magasins affichent presque des soldes européennes : 20, 30%, de plus en plus 50 % et même 70%, preuve que la concurrence augmente. Ce matin, j’ai reçu un lettre de la mailing liste de la Chambre Américaine de Commerce statuant sur la solidarité des investisseurs américains bien décidé a ne pas abandonner leur investissements en Géorgie et a reconstruire l’économie de plus belle. Peut-être en sera-t-il de même du coté des investisseurs européens ? Si vous saviez comme il a fait bon de rêver a l’essor économique record de la Géorgie pendant ces 5 ans suivant la révolution des roses ! La démocratie géorgienne n’a certes pas été une démocratie sans heurt et défaut, mais en l’espace de 5 ans on est passé soudain du Moyen Age au XXe siècle… et cela sans aucune aide des russes puisque ceux-ci nous ont imposés un embargo économique de plusieurs années !

Aujourd’hui les forces russes, qui devaient se quitter la ville de Gori ce jour, ont demande deux jours supplémentaires. Les pillages continuent de plus belle, on dit même que les sièges des toilettes sont arrachés des salles de bains ! Il ne restera plus grand-chose de la pauvre Gori et la plupart des centres économiques en dehors de Tbilissi sont dans un état catastrophique suite aux bombardements. Mais les Géorgiens reconstruiront…
Par Annonciade
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